Dix ans après la crue de 2016, retour sur un événement majeur et sur les enseignements tirés en Centre-Val de Loire
10 ans se sont écoulés depuis ce que les romorantinais ont qualifiés de « crue du siècle ». Ce début de juin 2026 est en effet le triste anniversaire de la crue de fin mai-début juin 2016, qui a été bien supérieure à la crue de 1910 sur plusieurs cours d’eau et particulièrement sur la Sauldre. Retour sur cette crue exceptionnelle qui a durablement marqué la région.
2016 : une inondation majeure qui a fortement touché les territoires du Centre Val de Loire, mais pas seulement…
En ce début de juin 2016, plusieurs départements se sont réveillés les pieds dans l’eau après plusieurs jours de pluies d’origine océanique à caractères orageux. Des pluies continues se sont en effet abattues entre le 29 mai et le 2 juin. Par endroit, les cumuls de pluies ont atteint plus de 115 mm en 72h sur le bassin de la Sauldre (41). À Fleury-les-Aubrais (45), 98 mm sont tombés dans la seule journée du 30 mai 2016.
Pourquoi et comment cette crue a-t-elle eu lieu ?
En réponse à ces pluies, le niveaux des cours d’eau en région Centre-Val de Loire et au jusqu’au nord de l’Auvergne ont monté lentement et de façon continue. Cette crue, inhabituelle, s’explique par plusieurs facteurs :
- l’étalement des fortes pluies,
- des sols déjà plus humides que la normale en début d’événement,
- une végétation très haute qui a freiné les écoulements,
- et l’atteinte de la capacité maximale de production de ruissellement des bassins versants.
Sur les rivières, les débits maximaux se sont ainsi maintenus plusieurs jours.
Une crue qui a mobilisé l’expertise des agents VIGICRUES en DREAL
Cette crue exceptionnelle a nécessité un grand besoin d’expertise par les agents de la DREAL . En effet, la végétation haute dans le lit moyen ou majeur des rivières a fortement perturbé la compréhension de la crue en raison de nombreuses révisions des courbes de tarage en temps réel.
Ces courbes de tarages, essentielles à la prévision des crues, ont donc été retravaillées afin de prendre en compte l’influence de la végétation sur l’écoulement de l’eau dans les rivières.
Une crue historique pour la région
Les crues se sont prolongées jusqu’au 10 juin 2016 (date de fin des vigilances crues). À plusieurs endroits, ces crues ont dépassé les plus forts événements connus jusqu’alors avec une période de retour bien supérieure à 20 ans et parfois même plus que centennales (par exemple dans le secteur de Romorantin-Lanthenay où la crue a dépassé celle de 1910).
Sur les traces de la crue de mai-juin 2016
Les repères de cette crue recensés sur la plateforme des repères de crues témoignent de l’importance de cet événement :
- Quelques exemples de repères :
- Tous les repères de cette crue recensés actuellement
Des impacts considérables sur la vie de la population et une mobilisation des pompiers et de l’armée
Lors de cet événement, le service de prévision des crues (SPC) Loire-Cher-Indre a placé 6 tronçons en vigilance crues de niveau orange :
- l’Yèvres (qui traverse Bourges)
- l’Arnon,
- le Cher solognot (de Vierzon à Châtillon-sur-Cher),
- la Sauldre (qui traverse Salbris),
- le Cher tourangeau (de Châtillon-sur-Cher à Tours),
- et l’Indre tourangelle.
Ce niveau de vigilance orange qualifie la crue comme pouvant avoir un impact significatif sur la sécurité des biens et des personnes.
Des conséquences importantes en lien avec cette vigilance orange ont été observés :
- des quartiers de plusieurs centres villes inondés,
- un exode massif de population appuyé par l’armée en soutien aux sapeurs-pompiers dans le quartier du Bourgeau à Romorantin (capitale de la Sologne), et dans le centre ville de Montargis,
- plusieurs axes routiers coupés, une autoroute inondée et fermée pendant plus de 15 jours,
- des déplacements rendus très difficiles et une vie quotidienne fortement perturbée.
Dans la vallée du Cher et de l’Indre, les niveaux élevés ont nécessité des prévisions hydrauliques expertes pour surveiller l’état des digues, notamment autour de Tours.
10 ans après, pourquoi en reparler ?
La mémoire des crues joue un rôle essentiel dans la prise de conscience du risque, même pour cette crue invraisemblable qui a eu lieu à l’approche de l’été en juin avec une végétation haute.
Revivre ces événements permet de mieux comprendre leurs conséquences locales — humaines, matérielles, économiques et psychologiques — et d’anticiper l’évolution possible des phénomènes à l’avenir, dans un contexte de changement climatique.
Si les acteurs sont mieux informés et mieux préparés, l’impact des inondations peut être bien moindre.
Les retours d’expérience (REX ou RETEX) menés après 2016 ont permis d’améliorer la compréhension des mécanismes hydrologiques ainsi que l’organisation de la prévision, de la prévention et de la gestion de crise. Ces analyses ont contribué à renforcer la résilience des territoires.
Depuis cet événement, plusieurs améliorations ont été mises en œuvre :
✅ Une meilleure organisation du recueil des repères de crues sur le terrain, avec des outils technologiques modernes (GPS, drones, smartphone…), et en partenariat avec des acteurs locaux (services de l’État, collectivités, syndicats de bassins versants…). Ces repères de crues, bancarisées dans la plateforme des repères de crues, servent ensuite à construire les modèles de prévisions et les cartes des inondations.
✅ L’affichage graphique (et tableaux) sur Vigicrues des prévisions en hauteur et en débit habillées de leur fuseau d’incertitudes.
✅ La création de cartes de zones inondées potentielles qui indiquent la surface maximale pouvant être recouverte par les eaux. Par croisement, elles permettent d’identifier les enjeux susceptibles d’être touchés par l’inondation.
✅ Le lancement du service Vigicrues Flash en 2017 pour alerter automatiquement environ 10 000 communes d’un risque de crues soudaines suite à des pluies intenses.
✅ La création de stations de suivi avec le plus souvent des modèles de prévision sur des bassins intermédiaires permettant une meilleure compréhension du fonctionnement hydrologique global :
- le Cosson à la Ferté-Saint-Aubin,
- le Beuvron à Cellettes,
- la Théols à Meunet-Planches,
- le Barangeon à Vouzeron,
- la Cisse à Coulanges,
- et le bassin du Fouzon.
✅ Le renforcement du réseau de stations hydrométriques en accentuant leur résilience.
✅ Élargir le réseau de surveillance Vigicrues d’ici 2030 afin de mieux couvrir les cours d’eau non surveillés en 2016, où des impacts importants avaient été observés.
Les métiers de Vigicrues s’articulent autour de trois axes complémentaires :
- la prédétermination, pour caractériser les aléas potentiels inondation, en d ’autres termes, les surfaces potentiellement inondées,
- la vigilance, pour anticiper le risque à 24h,
- la prévision, pour estimer l’évolution des cours d’eau sur les 24 à 72 heures.
Pour cela, les équipes élaborent des modèles mathématiques représentant le fonctionnement des bassins versants, produisent des cartes et assurent l’entretien et le suivi des stations hydrométriques.
Ces travaux bénéficient directement à l’aménagement du territoire et aux actions de sécurité civile, en permettant de connaître les niveaux de risque et quand une mise en vigilance « crue » doit être déclenchée…
Pour en savoir plus
→ Les produits du réseau Vigicrues : Vigicrues, Vigicrues flash, cartes de prévision des inondations…
→ Plateforme nationale des repères de crues
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